«C'est à Vierzon que je suis
pour la première fois passée
du bon côté, sur la crête qui
sépare la vie de la mort. Pour ceux qui, comme moi,
découvrirent qu'ils étaient juifs lorsque furent mises
en oeuvre les premières mesures discriminatoires, le
monde bascula d'un seul coup dans une absurdité
meurtrière. J'avais huit ans en 1940, lorsque ma mère
et moi nous nous heurtâmes à cette "ligne de démarcation"
qui venait de couper la France en deux et que
nous voulions franchir.»
De Paris à Marseille, puis en Dauphiné, dans le village
de Hauterives, Danièle Gervais-Marx va faire l'apprentissage
de la clandestinité. Certains des familiers dont
elle évoque le souvenir seront entraînés sur les chemins
qui conduisent à Birkenau ou à Bergen-Belsen.
Aucun des survivants ne sortira indemne de ces temps
d'airain. À travers un récit à la fois sobre et profondément
émouvant, elle parvient à restituer le quotidien de
ceux qui étaient ainsi devenus des parias, tout en tirant
une leçon de portée universelle : l'humanité de l'homme
peut disparaître quand une volonté de discrimination
trouve comme complices l'indifférence et le repli sur soi.