«Pour fonder une théorie de lecture, il ne faut ni chercher naïvement la
«bonne» lecture ni valoriser systématiquement l'indécidable ; il faut examiner,
analyser, décrire les lieux où le texte permet la dérive, les lieux
où il contraint, les lectures qu'il propose, celles qu'il refuse, celles qu'il
laisse indéterminées ou incertaines, «mesurer» alors cette indétermination
ou cette incertitude.»
La lecture est inscrite dans le texte, la lecture est une réécriture du texte :
c'est dire que le texte comprend le principe de sa propre transformation.
Il est une «machine» à produire des lectures. Là est sa force : il nous
piège, confirmant, infirmant nos grands codes herméneutiques, entretenant
notre désir de lire.
Or, la rhétorique affirme avec insistance qu'un discours est efficace dans
l'exacte mesure où il sait jouer des forces de l'«autre» (auditeur ou
lecteur).
Il convient donc de reprendre et de déplacer cet art de la provocation
et de la séduction, de l'esquive et de la feinte, pour définir un effet discursif
spécifique : l'effet littérature.
Rhétorique de la lecture fait se croiser, dans une même interrogation, des
analyses de textes théoriques et des analyses de textes littéraires : Rabelais,
Platon, Lautréamont, Montaigne, Constant, Lamy et quelques autres
s'éclairant mutuellement, sans que l'on sache toujours, d'ailleurs, où est le
littéraire, où est le théorique, tant il est vrai que les questions que nous
posons à la littérature font partie de la littérature.