Le cinéma exploité - René Bonnell - préface de Henri Bartoli Le cinéma, produit culturel né de la technologie, est le seul art à connaître des problèmes économiques à l'échelle de son organisation industrielle. Marqué dès son origine par l'instabilité, le VIIe art semble vivre une «crise» permanente. On lui prédit souvent que celle qu'il subit est la dernière car il ne lui survivra pas. Vendant du rêve, manipulant des ombres, l'activité cinématographique a toujours donné au public I'image de l'opulence et de l'improvisation. Ce masque fabriqué à des fins publicitaires ne correspond plus à la réalité. La chute rapide du nombre de spectateurs depuis 1957 s'apparente à une lente agonie. Le rétrécissement des débouchés a favorisé la concentration du pouvoir économique entre les mains de quelques personnes, placées à la tête d'un très petit nombre de groupements d'exploitations de dimension nationale. L'essentiel de la création cinématographique est soumis au règne du "guichet". Guetté par la routine, le cinéma français n'est à l'aise que dans les procédés, situation dangereuse pour une activité qui exige un incessant renouvellement de ses contenus. L'intervention à la fois minutieuse et insuffisante de l'Etat a renforcé le caractère corporatiste et l'isolement de l'organisation de la branche. L'activité cinématographique négocie en position de faiblesse tous les changements que lui impose le développement de l'audio-visuel. Seule une politique rompant avec la logique autarcique de l'économie du cinéma, c'est-à-dire fondée sur une vigoureuse animation socioculturelle de la demande, assurera la survie et le renouveau du 7e art. « Puisse René Bonnell avoir de nombreux lecteurs, puissent ses idées recevoir une large audience critique et constructive; son livre est de ceux, rares, qui provoquent, stimulent, entraînent l'adhésion ou la colère, et doivent être médités parce qu'à travers eux quelqu'un nous parle » (Henri Bartoli).