Par-delà la diversité de ses manifestations dans des horizons
culturels différents, le genre de l'essai, souvent négligé par
les études littéraires, constitue une forme décisive pour le
questionnement de la littérature elle-même. Genre protéiforme,
puisqu'il s'inscrit, depuis sa «fondation» par Montaigne,
comme une mise à l'écart et un exercice de soi qui transgresse
les frontières contingentes entre les genres pour instaurer
dans leurs marges un mode de littérarité qui ne se laisse pas
réduire aux critères canoniques des classifications reçues.
L'essayisme apparaît dès lors comme la marque d'une errance,
d'un incessant déplacement qui met au jour cette double
exigence, commune à tout texte littéraire, de la création et du
commentaire, de la production et de la réflexion. L'auteur
étudie les multiples variations de cette problématique, de
Montaigne à Borges en passant par les romantiques allemands,
Lukács, Adorno, Musil ou Barthes. Où l'on voit l'esprit de
l'essai traverser tous les genres, révélant au passage l'essence
refoulée de la littérature, rebelle par nature à tout statut
générique pré-établi.