Je m'attendais à tout, sauf à cela : être, d'emblée, frappé par son
sourire. Je sais, en le voyant, que je vais devenir son avocat. Des
criminels, j'en ai déjà rencontré. Cette fois, un contraste saisissant
entre l'individu et les faits qui lui sont reprochés me sidère :
ce tueur en série, avec son pantalon de survêtement, son tee-shirt,
son visage soigneusement rasé, ses cheveux en brosse et, surtout, son
sourire, a l'air terriblement humain... Il n'est pas impressionnant. Il
ne fait pas peur.
Ce n'est pas un monstre que je salue, du moins n'en ai-je pas le sentiment.
Sa poignée de main est ferme. Il me regarde droit dans les yeux.
Il n'a l'air ni gêné, ni mal à l'aise. Au contraire : nous ne serions pas
dans ce box, à la rotonde de la prison Saint-Michel, mais dans un
troquet toulousain, je me dirais «voilà un type bien dans sa peau».