Nous mourons de plus en plus souvent à l'hôpital,
en réanimation, entourés d'une équipe de soignants
et d'une multitude de machines médicales.
La médiatisation d'histoires particulières, où la question
de l'euthanasie est mise en exergue, masque la fréquence et
la banalité du fait.
L'hôpital a bousculé notre rapport à la mort : des techniques
de plus en plus performantes prolongent la vie mais bouleversent
aussi le moment, la durée, le lieu et le déroulement
du dernier instant. Celui-ci est désormais le résultat d'une
décision médicale. Mais qui dit décision dit discussion,
intervention et action des soignants : la mort est ainsi
devenue une pratique professionnelle.
Nancy Kentish-Barnes a passé huit mois dans quatre services
de réanimation. Elle a suivi médecins, infirmières et familles
de patients, observé les gestes et les comportements, écouté
les discussions, assisté aux prises de décisions. Elle a
constaté que chaque équipe affronte seule la fin de vie et
développe sa propre perception du processus de mort,
définissant comment et jusqu'où impliquer les proches,
choisissant, enfin, la meilleure manière de faire mourir
les patients.
Si les lois et les recommandations récentes permettent de
mieux cadrer la fin de vie, il n'existe pour autant aucun
«mode d'emploi» de la mort à l'hôpital.