Les frontières entre fait et fiction, réalité et imaginaire, ont la réputation
d'être désormais brouillées. Pourquoi les défendre ? Parce qu'elles
sont une nécessité cognitive, conceptuelle et politique ; parce que
leur disparition élimine le plaisir de passer d'un monde à l'autre.
Françoise Lavocat propose ici de repenser les frontières de la fiction
dans la littérature, le cinéma, le théâtre et les jeux vidéo.
La première ambition de son livre réside dans le bilan très complet
qu'il dresse des controverses anciennes et récentes sur le statut de
la fiction dans les domaines de la théorie littéraire, du droit, de
la psychanalyse et des sciences cognitives. À la faveur des ces
éclairages multiples, l'ouvrage prend notamment en compte le
phénomène du storytelling, l'histoire des rapports entre Histoire et
poésie, la question du blasphème. Le parti pris de distinction qu'il
adopte, tout en défendant l'idée d'une hybridité essentielle de la
fiction, en constitue le second intérêt et la stimulante nouveauté. Les
conditions de possibilité d'une culture de la fiction sont interrogées,
ainsi que ses limites. Le point de vue défendu renouvelle entièrement
les termes du débat : l'auteur s'emploie en effet à définir la fiction
comme un monde possible possédant son ontologie propre, en
concentrant l'intérêt sur la relation aux personnages, la question des
paradoxes et de la métalepse, cette figure qui confirme la frontière
entre les mondes en donnant l'illusion de la franchir.