De l'armement contre des hommes, telle est l'origine de l'échange qui conduit le tsar
de Russie Nicolas II à envoyer en 1916 un corps expéditionnaire de 40 000 hommes
combattre sur les fronts français et d'Orient. Début 1917, l'annonce de la Révolution
de février puis l'abdication de l'empereur en mars imposent aux soldats russes un
choix difficile alors qu'ils subissent de terribles pertes et l'échec de l'offensive Nivelle
et que des mutineries éclatent dans de nombreuses unités françaises. Retirés du front
en mai, regroupés au camp de La Courtine, dans la Creuse, les 16 000 hommes des
1re et 3e brigades refusent dans leur majorité de remonter en ligne tandis que beaucoup
exigent un retour immédiat en Russie. En septembre 1917, c'est par les armes
qu'une poignée d'irréductibles est obligée de se soumettre. Les plus durs internés,
les autres ayant à choisir entre des compagnies de travailleurs libres en France ou
de travailleurs «obligés» en Afrique du Nord, seuls quelques milliers de Russes
acceptent de continuer le combat au sein d'une Légion de l'Honneur russe. Les
derniers d'entre eux seront rapatriés à la fin de 1920. L'aventure méconnue de ces
héros et mutins, plongés au coeur d'une histoire bouleversée et qui laissèrent sur les
sols français et de Macédoine près de 14 000 des leurs, tués, blessés ou disparus,
a pu être enfin restituée grâce à de nombreux documents inédits, issus des archives
officielles et privées.