Le présent ouvrage tente d'établir en quoi le poème en prose se rapprocherait
davantage du «naturel» et du «non-convenu» - disons : de l'authentique
et du primesautier. Bien des questions relatives à la problématique posée
y sont abordées et élucidées, à commencer par le dilemme, crucial, entre
une approche «essentialiste» et une approche «situationnelle». Ainsi,
les défenseurs de la poésie en tant que genre se voient critiqués par les
défenseurs qui insistent sur son conditionnement en tant que processus. Il en
résulte une ouverture «post-poétique» proposant de délaisser la séparation
des genres, pour s'attacher au texte - vers ou prose -, non pas tant comme
objet autotélique, mais à travers sa réalisation au moment de la lecture, d'une
audition, d'une mise en scène, en se cristallisant autour de la performance
qui en résulte. Un autre problème, non négligeable, réside dans le retard
«institutionnel» qui persiste à maintenir les classifications anciennes. C'est
ce qu'illustre, entre autres, Judith Abensour avec Philippe Beck, Nathalie
Quintane et, surtout, Christophe Tarkos et sa création originale, la «pâte-mot».
Si bien des écrivains contemporains ne s'identifient plus clairement
ni à la poésie ni à la prose, cette problématique renoue avec la rupture
introduite autrefois par Arthur Rimbaud, avec des textes qui déconstruisent
le poème isométrique rimé de l'intérieur.