Dans la multiplicité tragique et la nouveauté perpétuelle de l'œuvre de Faulkner qui, jamais close, ne cessera de nous questionner et de se métamorphoser en nous. Absalon ! Absalon ! par sa violence, sa fureur obscure et impitoyable, son désespoir central, rayonne avec le plus d'intensité, évoquant au sein de cette immense constellation de littérature une sorte d'astre brusque et noir tenant en lui sinon le mystère du moins la réalité la plus acharnée et la plus totale d'un univers dont il est certain qu'il constitue pour nous l'une des plus profondes aventures de lecture. Les coutumières hantises de Faulkner se nouent ici selon une subtilité démoniaque de la narration où la phrase connaît toutes les densités, tous les détours et toutes les clameurs, tandis que la conduit une immense incandescence de la vision. Et plus que jamais ce roman accueille la totalité des obsessions, des terreurs, des ruptures, et des fatalités auxquelles Faulkner au long de son œuvre n'a cessé de donner une saisissante et implacable évidence. Aussi ce livre d'une terrible grandeur, parce que sans issue en sa tragique célébration des êtres, de l'histoire et de la littérature, constitue à lui seul un tout battant avec une formidable puissance au fond de la nuit faulknérienne. Le lire c'est avoir la joie et l'effroi d'une rencontre où l'épaisseur des mots est plus dense que la réalité parce qu'elle l'exalte, la dit et l'invente. C'est là tout simplement désigner l'importance d'une œuvre qui, pour nos esprits, nos sensibilités, est une référence et une épreuve essentielles. Cet ouvrage a paru pour la première fois aux Etats-Unis en 1936.