On sait peu de chose sur la psychologie des gens du Moyen Age. L'auteur nous plonge dans la nuit des moeurs ayant cours en Lorraine au début du XIIIe siècle. Il fait vivre avec une force romanesque hallucinante Romaric, fils bâtard d'un chanoine et d'une novice. Le jeune enfant élevé par sa grand-mère fait ses études à Toul en tant qu'oblat, gagne Paris pour étudier la théologie, et retourne enfin dans les Vosges. Le village où il est prêtre a pour seigneur un certain Aymar, débauché et vénal ; Romaric s'éprend de Tristan, fils d'Aymar. Le père fait enfermer l'enfant dans un monastère où tous les désordres règnent. Finalement, les deux amis parviennent à se rejoindre et fuient loin à l'Est afin d'échapper aux poursuites pour péché d'hérésie, afin surtout d'échapper à l'étroite quotidienneté de la vie imposée par l'époque où ils sont nés.
L'intérêt majeur de cette fresque saisissante de la vie des clercs au Moyen Age consiste dans l'unité entre forme et fond. L'auteur ose recréer une langue richement dialectale, souple et puisante, qui sait nous dire ce que l'amour a de pur et d'impur, ce que la philosophie a de grand et de mesquin, ce que la poésie a de beau et de vain, ce que l'autorité a de sain et de morbide, ce que la contestation a d'héroïque et de sordide.