«Vingt-cinquième rencontre,
sur la grande place
Lui, c'est le tueur. Elle, c'est une femme qui traversait
la foule.
Assis sur le banc en pierre, il triturait entre ses mains
une chose ronde comme une boule de pâte à modeler.
Quand elle avait demandé ce qui se passait, on lui
avait dit : «Il l'a tué et maintenant il joue avec sa tête,
personne ne peut l'approcher.»
Avec ses pouces il cherchait à écraser l'arête du
nez, à enfoncer les pommettes. Ses doigts étiraient
les muscles des joues, éraflaient la peau avec les
ongles.
À distance, elle n'arrive pas à distinguer si la victime
du tueur est une femme ou un homme, elle voit seulement
qu'il essaie de remodeler une tête humaine
pour effacer toute ressemblance qui pourrait lui rappeler
le temps où cette tête avait un corps.
Elle a les cheveux longs qui lui couvrent les épaules
et retombent en mèches souples sur ses bras. C'est
peut-être pour cela qu'il l'a laissée s'approcher de
lui et de la tête de sa victime.
- Je regrette, dit-il, je regrette tellement de l'avoir
fait.
Pourtant dans ses yeux l'éclair meurtrier zigzague
encore à travers les larmes.
Il n'y a rien, absolument rien d'autre à dire, alors elle
s'assoit à ses côtés sans savoir pourquoi. Elle ne veut
plus le sauver et ne le pourra pas. À l'autre bout de la
grande place blanche la foule s'impatiente.»