La diversité des modes d'expression est une permanence chez Chagall.
En 1921, à Moscou, il s'adonne aux arts de la scène pour le Théâtre
juif. Plus tard, à Berlin, il utilise la technique des eaux-fortes, puis aux
États-Unis, celle de la lithographie. Lorsqu'il va s'employer à la céramique,
ce domaine est depuis longtemps réhabilité aux yeux du monde artistique.
Après la Seconde Guerre mondiale, Pierre Matisse a exposé à New York les pièces réalisées par Miró et
Artigas, qui seront ensuite montrées à Paris par Aimé Maeght en 1948. Tout porte à croire que Chagall a vu
ces pièces. Quand il arrive dans le Midi en 1949, Braque travaille avec Artigas, Picasso est à Vallauris, Matisse
travaille aussi avec le couple Ramié. Chagall s'installe à Antibes, dans l'atelier «La poterie des remparts».
Il réalisera plus de 220 pièces entre 1949 et 1972. Toutes les pièces sont uniques : contrairement à Picasso,
Chagall refusera le principe de l'édition. Les premières productions s'adaptent aux formes traditionnelles
de la céramique destinée à la cuisine (assiettes, plats, pichets, etc.). Très vite, Chagall tire parti des formes,
mais aussi des cuissons pour obtenir le velouté des couleurs, jouant de la lumière et de la profondeur grâce
à l'alternance des vernis mats et brillants. Les possibilités de la matière elles-mêmes sont exploitées. En 1951
il profite de l'aspect grenu et poreux de la terre chamottée pour donner une intensité dramatique ou une
nouvelle sensualité aux sujets. Puis il travaille le volume et obtient une complexité formelle de plus en plus
grande. Les vases deviennent de purs volumes plastiques, atteignant ainsi le statut d'objets autonomes.
Les séries réalisées à partir de 1950, comme «Les Fables de La Fontaine» ou les ensembles bibliques, sont
parallèles aux oeuvres réalisées en peinture et en lithographie sur les mêmes thèmes. À la même époque, il
dirige aussi sa recherche vers la céramique murale.
Publié à l'occasion de l'exposition qui se tient successivement au musée Magnelli de Vallauris, au musée
La Piscine de Roubaix et au musée d'Art moderne de Céret, cet ouvrage met en évidence les transpositions
réalisées par Chagall entre le dessin, la gravure, la peinture et la céramique, techniques également
traversées par toutes les grandes thématiques abordées par l'artiste comme les couples amoureux, la Bible,
la mythologie ou le cirque.