La Prisonnière nous introduit dans des
univers clos où, malgré les évocations
riantes des cris de Paris et un burlesque
historique de l'homosexualité à travers les
âges, nous voyons d'un côté Albertine et le
narrateur se détruire dans le plus torturant
des marivaudages et, de l'autre, le Baron,
au sommet de sa puissance mondaine, être
anéanti d'un seul coup par une vindicative exécution
couplée avec une trahison amoureuse.
Jamais Proust n'a atteint ce degré de dérision, de cruauté,
de tension dramatique, de pressentiment de la mort.
Pourtant, à travers tout cela se révèlent les valeurs et les
démarches de l'art, cependant que débute le grand retour
de l'oeuvre sur elle-même, à elle-même son propre miroir.
L'édition du texte, faite d'après une nouvelle lecture
des manuscrits et des dactylographies, tient un compte
particulier du découpage et de la ponctuation d'origine,
restituant avec plus d'authenticité la voix particulière
de Proust.