Sous l'influence de l'idéalisme allemand et des systèmes qui y prennent leur source, la philosophie aujourd'hui s'enferme dans le subjectivisme, d'une part, et, d'autre part, dans la recherche d'un état idéal où il ne serait plus nécessaire de philosopher. L'objet de la connaissance serait sécrété par l'homme lui-même, sans l'interférence fâcheuse du monde extérieur. Or, pour Thomas Molnar, l'homme est à la fois détaché de l'objet de sa connaissance et il le connaît adéquatement : il est philosophe parle fait que sa connaissance du réel reste limitée et les limites de la connaissance sont celles mêmes de sa « créaturité ». La faculté de connaître est elle-même créature. L'originalité de ce livre se trouve dans l'affirmation que le penseur doit postuler l'existence d'un Dieu transcendant et personnel afin d'acquérir la certitude d'une réalité extérieure, connaissable, bien que la connaissance totale revienne à Dieu seul. L'alternative historique a toujours été soit l'absorption de Dieu dans l'âme, soit l'inaccessibilité de Dieu qui laisse l'être humain seul juge de la connaissance. L'une et l'autre position mènent à l'autodivinisation de l'homme, partant à la fabrication d'une fausse réalité. Mais les conséquences des trois positions que distingue l'auteur ne sont pas que philosophiques (épistémologiques). Le philosophe se voulant créateur de sa propre réalité est amené à vouloir une société utopique où l'homme et le réel coïncideraient : la réflexion serait résorbée dans la praxis. A l'encontre de ceux que Th. Molnar appelle des « idéologues frénétiques », le philosophe est celui qui accepte le status creaturae, la connaissance adéquate mais limitée, et le projet politique exempt du fanatisme utopique. Voilà une philosophie qui s'oppose aux systèmes à la mode et veut réhabiliter, contre les ésotérismes marxiste, idéaliste et phénoménologique, ce que Th. Molnar appelle un « réalisme modéré ».