Sur un point, les sociologues d'hier et d'aujourd'hui ont confirmé mon jugement : Max Weber occupait à mes yeux une place à part, incomparable à celle de tous les autres. En 1935, aucun livre d'ensemble n'existait sur la personnalité et l'œuvre de Max Weber en langue française, pas davantage en langue italienne ou anglaise. En consacrant à Max Weber environ 40 % du texte - ce qui surprit nombre de mes maîtres et des lecteurs de l'époque - je ne me trompais pas. Bien que mort au lendemain de la Première Guerre, Max Weber dominait encore la pensée sociologique dans l'Allemagne de l'entre-deux-guerres. Bien plus, devenu le classique par excellence dans tous les pays occidentaux, il continue de passer pour un contemporain - comme Karl Marx lui aussi, avec ce mérite supplémentaire qu'il n'existe pas de weberiens dans le style des marxistes : le lien établi entre Marx et les partis qui se réclament de lui contribue à sa gloire posthume mais aussi à la dégradation de sa pensée en une idéologie d'Etat.