La médecine est-elle une science et d'où vient son progrès ? A ces questions récurrentes dans son histoire, une étude de cas, étendue sur un siècle, propose des éléments de réponse. A sa source, une maladie ancienne (le rachitisme), un traitement efficace (la vitamine D), parfois des malades qui «résistent» étrangement au traitement. Bientôt un clinicien-chercheur montre, derrière la similitude des symptômes, la différence des pathologies en cause. A sa suite, en croisant les critères et les méthodes d'investigation, la recherche fragmente ces premières entités. Sciences et clinique, philosophies du vivant, représentations sociales et logiques d'institution y contribuent.
En un siècle, le rachitisme subit toute une série de transformations : de châtiment divin, il devient la conséquence d'une rupture de l'ordre naturel, puis une maladie de carence, et parfois le résultat d'une «erreur innée du métabolisme». Aujourd'hui de nouvelles notions (hormone, organe cible, récepteur cellulaire) font distinguer des familles complexes de rachitismes. Ainsi inséparables dans leur histoire, médecine clinique et sciences de la vie, enchevêtrant leurs acquis et leurs questions, ont eu à lier l'universel au particulier, pour comprendre la maladie et soigner des malades.