Se connaître, c'est à la fois découvrir sa beauté et sa misère, sa nostalgie d'unité et la pluralité des "moi" opérant dans une constante mobilité. C'est aussi prendre conscience de sa propre singularité, au sein de l'universel, dans l'efficience d'un soi qui ne cesse de s'éveiller à des niveaux successifs. Microcosme, l'homme communie avec le macrocosme; il fraternise avec les différents éléments qui le composent, depuis la pierre jusqu'à l'homme, en passant par les végétaux et les animaux. Créé à l'image divine, théophore il la rend vivante et s'épiphanise en témoignant de son origine. La connaissance de soi est un voyage, une aventure pleine de découvertes. Elle se poursuit jusqu'à l'instant où l'homme, séduit par sa dimension de profondeur, découvre son propre lieu. Celui-ci désigne "l'espace" qui lui convient pour vivre et qui correspond à l'air pour l'oiseau, à l'eau pour le poisson. Ainsi la vraie résidence de l'homme est en lui. C'est pourquoi les sages lui conseillent de se stabiliser dans son intériorité, d'habiter avec soi-même : habitare secum. L'étude de "l'humaine condition" a toujours passionné les philosophes. Déjà Philon, juif d'origine et grec de formation, divisait les hommes en trois catégories correspondant à l'état animal, psychique et pneumatique (esprit). Il montrait que devenir homme est une conquête. Comment ne pas l'admettre avec lui ? "O homme regarde-toi, tu es le ciel et la terre", écrivait au douzième siècle Hildegarde de Bingen. Telle est la merveille de l'homme : unir en soi le visible et l'invisible, le temps et l'éternité.