Dès avant sa parution, en 1974, les thèses développées
par Robert Nozick dans cet ouvrage ont fait l'objet aux
États-Unis d'un large débat parmi les philosophes, économistes
et sociologues.
Les individus ont des droits, soutient Nozick dans son
introduction, et il est des choses qu'aucune personne ni
aucun groupe ne peut leur faire sans enfreindre leurs
droits. Ainsi le propos d'Anarchie, État et utopie est-il de
définir ces droits pour faire l'apologie la plus fouillée à ce
jour de l'«État minimal».
L'État n'est justifié, plaide Nozick, que s'il est sévèrement
limité à la fonction étroite de protection contre la
force, le vol, la fraude et d'application des contrats. Toute
activité plus étendue, démontre l'auteur, violera inéluctablement
les droits de l'individu. Et ce constat a deux
conséquences d'une grande portée : «L'État ne peut
employer son appareil de contrainte afin d'amener certains
citoyens à aider les autres ni pour interdire des activités
à certaines personnes, dans leur bien ou afin de les
protéger.»
On trouvera ainsi, dans ce livre, une nouvelle théorie de
la justice distributive (en opposition à celle de Rawls) ; un
modèle d'utopie favorable à l'expérimentation utopique et
étayant la théorie de l'État minimal ; et, enfin, une intégration
de l'éthique, de la philosophie du droit et de la théorie
économique en une synthèse de philosophie politique
«équivoque et inépuisable», suivant une formule chère à
R. Aron.