Le mot «illettrisme» est un néologisme (on parlait jadis d'échec
scolaire) : il désigne les difficultés qu'éprouve une personne qui a été
scolarisée pour lire, écrire ou faire des opérations mathématiques
simples. On estime que, dans notre pays, 100 000 jeunes d'une classe
d'âge sont dans ce cas. La lutte contre l'illettrisme «constitue une
priorité nationale» (article 149 de la loi de 1984 sur l'illettrisme).
L'Académie des sciences morales et politiques a demandé à huit
spécialistes de l'éclairer sur quatre problèmes : 1) l'évaluation statistique
de l'illettrisme des élèves et des adultes ; 2) la connaissance
des processus neurophysiologiques, cognitifs et linguistiques qui interviennent
dans l'apprentissage de la lecture ; 3) l'appréciation des
conséquences psychologiques et sociales que la difficulté pour lire et
écrire occasionne dans nos sociétés ; 4) l'état de la formation des
professeurs des écoles en France et dans quelques autres pays.
Le lecteur découvrira ici comment on confectionne une enquête
statistique sur les compétences en lecture. Il verra que, quand il lit, il
utilise deux stratégies, tantôt devinant, tantôt épelant les mots, mais
que, pour les lecteurs débutants, ces deux façons de faire sont d'une
efficacité inégale. Il se fera une idée des difficultés accrues que la vie
moderne fait peser sur les lecteurs déficients. Il prendra la mesure de
la profonde transformation que l'école a vécue, avec la prolongation
de la scolarité et l'augmentation massive des élèves et des professeurs.
Il comprendra enfin que, si l'illettrisme est un mal, il existe des remèdes
pour le réduire et que, en particulier, la formation professionnelle
initiale et continue des professeurs des écoles est l'élément essentiel.