Nous passons une bonne partie de notre existence à supporter des
pertes : d'êtres chers, de souvenirs, de croyances, de repères, de situations,
de lieux, de l'intégrité physique et/ou psychique, d'objets précieux... Ces
pertes nous affectent diversement, et de manière plus ou moins irrémédiable,
selon une assez grande diversité de facteurs «internes», tels que
la force de nos appartenances, l'assurance de notre identité, la force de
nos projets, et «externes», tels que l'état de paix et de guerre des lieux
que nous habitons, le degré de solidarité sociale et culturelle, l'assimilation
du passé, la confiance en l'avenir. Dans tous les cas, elles grèvent plus ou
moins fortement notre puissance d'agir.
Nous sommes ainsi amenés à nous demander comment assumer les
pertes, selon qu'elles sont ou non irréversibles, irréparables, qu'elles nous
touchent plus ou moins profondément, qu'elles sont individuelles ou
collectives, et qu'elles entraînent des effets à plus ou moins long terme. Il
n'existe pas de réponse unique à cette question, aucune voie de salut
garanti.
C'est pourquoi, à travers différents champs et pratiques (médicales,
psychanalytiques, sociologiques, juridiques, littéraires, cinématographiques,
philosophiques...), les auteurs de cet ouvrage ont témoigné et dialogué
à propos d'une grande variété de pertes et des efforts accomplis pour
y remédier. Comment survit-on à un génocide ? À l'effondrement d'une
idéologie ? À la fermeture d'une entreprise ? À l'absence d'un abri ?
Comment accepter la perte d'un enfant avant ou au moment de sa naissance
? Comment surmonter de graves violences subies ou commises ?
Comment exister après avoir été abandonné ? Comment faire face à une
maladie dégénérative, telle la maladie d'Alzheimer ? Autant d'expériences
de la perte sur lesquelles les participants à ce colloque de Cerisy-la-Salle
apportent un éclairage pénétrant.