Dans les pays développés, l'expérience des dernières
décades montre à l'évidence un tournant qui
se caractérise par une reprise de l'accroissement
des inégalités. Les éléments qui appuient ce constat
renvoient, tout d'abord, à un déficit d'égalité
des chances et à une crise de l'espérance méritocratique ;
ensuite, à un renforcement de la ségrégation résidentielle
aux deux extrémités du spectre social (développement
d'un entre-soi des nantis et d'une relégation des pauvres) ;
enfin, à l'affaiblissement des protections sociales et
de l'action redistributrice de l'État-providence, auquel
ne suppléent pas les solidarités familiales.
Dans un contexte marqué à la fois par une ethnicisation
des inégalités (dont témoignent amplement
les discriminations), par le creusement des écarts
intergénérationnels et l'âpreté des luttes autour
des enjeux scolaires, apparaissent donc des menaces
nouvelles sur la cohésion organique des sociétés modernes,
lesquelles ne peuvent plus se penser à partir de catégories
strictement nationales.
Présentant ici les analyses issues de leurs travaux les plus
récents, les chercheurs de l'Observatoire sociologique
du changement brossent un large tableau de l'évolution
de la société française et la compare à celles que
connaissent les autres pays développés.