Le terme de handicap(s) recouvre des situations de nature, de gravité
et de configuration diverses. L'indécision de ses contours - reflet de
normes sociales - incite à réévaluer ce qui s'intitule communément «intégration».
En étudiant les discours pour «parler» du ou des handicaps, en
confrontant les attitudes des familles à celles des professionnels, en
comparant les textes réglementaires aux expériences concrètes, en critiquant
idéologies et politiques, cette livraison d'Ethnologie française s'est
assigné pour objet de montrer les écarts qui se sont récemment creusés
entre pratiques et représentations.
Les sociétés contemporaines ont profondément renouvelé le traitement
du handicap et, derrière les mots ou les concepts qui ont changé, sa
représentation s'est transformée. Comment les personnes se sont-elles
trouvées «replacées», en ce sens que très souvent exclues, elles auraient
désormais trouvé une place ?
Parents, médecins, psychologues, éducateurs ont pensé alléger la
souffrance, abriter la différence et réduire l'inégalité.
Aussi précaires que peu volontaristes, les politiques sont nées de la
compassion (à la façon de Daudet et de son Petit Chose) ou de la charité
(sorte de Pitié dangereuse à la Stefan Zweig), plus que de l'humanisme
républicain et de la justice civique. À la lumière des études de terrain, le
questionnement de l'ethnologue rebondit dans le champ du politique. Il
démasque la fascination pour les réglementations, déconstruit les discours
idéologiques et jette un regard critique sur ce qu'il observe, s'intéresse
non pas à l'application des textes, mais aux improvisations concrètes, non
pas aux déclarations d'intention mais aux transformations - progrès ou
régressions ? - qui touchent les corps, changent les manières d'occuper
l'espace, transforment les rapports entre individus et institutions.