Depuis trente ans, on a volé à l'école son lieu, son temps, sa raison
d'être, qui est d'instruire prioritairement les élèves. On a saccagé
ainsi l'avenir de millions d'enfants et d'adolescents. On a forgé, sur les
décombres de l'école républicaine, un formidable instrument d'iniquité.
Les méfaits de cette situation désastreuse ne sont tempérés que par
l'existence de maîtres, plus nombreux qu'on ne croit, qui choisissent,
à leurs risques et périls de carrière, de continuer la tâche qu'ils estiment
en conscience être la leur. Tels des médecins à qui serait imposée la
violation permanente du serment d'Hippocrate, ils agissent en clandestins,
en francs-tireurs, en contrebandiers, et vivent dans un mal-être
qu'en privé ils ne cachent pas.
Mieux que quiconque, l'auteur est bien placé pour le savoir. Il témoigne
son immense gratitude à tous les instituteurs et à tous les professeurs,
stagiaires et titulaires, qui, depuis trente ans, lui ont, sous le sceau de
la discrétion, fait part de leur souffrance et de leur désarroi. Ce livre
est aussi le leur. À ce titre, il mérite d'être lu par leurs collègues d'hier,
d'aujourd'hui et de demain.
C'est la premier fois qu'un ancien directeur des services départementaux
de l'éducation nationale, s'appuyant sur son expérience professionnelle,
livre au public un témoignage de cette nature.