Une fois n'est pas coutume, Ethnologie française s'évade de
ses frontières en ouvrant ses colonnes aux recherches sur
l'aide humanitaire et le développement. Sur toute la planète,
à travers la multiplication des ONG, associations de toutes
sortes, fondations, nouvelles agences multilatérales, cette
aide s'enfle et se transforme. Un nouveau champ s'ouvre
donc à la réflexion, que les Ethnographies de l'aide, ici présentées,
s'attachent à expliciter. Elles sont aussi soucieuses
de s'inscrire dans une histoire intellectuelle longue, dans la
filiation des travaux sur le passé colonial, les indépendances,
le développement, la santé - histoire sur laquelle se penchent
plusieurs articles de cette livraison.
Dans des textes où les auteurs montrent jusqu'à quel point
et comment cette histoire intellectuelle a modelé leur positionnement
théorique comme leur rapport au terrain, ce
numéro s'attache aussi à l'étude de cas. Ainsi sont étudiés
en Afrique sub-saharienne, plans fonciers et repérage de
droits, politiques de «démocratisation», réponses internationales
à une crise alimentaire, implantation d'un service de
soins maternels, organisation de la lutte contre le sida, et en
Amérique centrale et du Sud, des politiques du témoignage
et de fabrication de «victimes innocentes» d'un conflit armé,
ou encore la prise en charge de sinistrés à la suite d'une
catastrophe naturelle.
Autant de questions relevant d'une anthropologie qui s'intéresse
aux «populations bénéficiaires» comme aux acteurs
de l'aide présents sur le terrain, censés les soutenir ou les
secourir. Une anthropologie qui ne peut être que critique et
politique.