Alors que l'histoire nationale est marquée par la prégnance politique
et culturelle de la capitale, il a fallu attendre le développement de
l'anthropologie urbaine pour que Paris devienne un terrain d'exploration
pour les ethnologues. D'abord centrés sur la transformation
de ses quartiers, l'installation des migrants ou les activités industrielles
et artisanales, les travaux se sont ensuite orientés vers ses
lieux emblématiques, hauts sites politiques, financiers ou touristiques.
Paris était alors plutôt pris pour cadre que pour cible de la
recherche, et l'ethnologie de Paris était principalement une ethnologie
dans Paris.
Ville festive, ville mythique, ville patrimoniale, c'est à ce Paris-là
qu'est consacré ce numéro. L'ethnographe y passe et repasse et, à
petits pas, se nourrit des micro-espaces géographiques ou sociaux
qui font la capitale. Il s'intéresse aux manières d'occuper la ville, d'y
vivre, comme à la façon dont les populations s'y croisent.
Il traite ainsi d'un Paris incarné par des lieux souvent chargés
d'histoire, mais qui sont aussi ceux de la vie ordinaire et culturelle
des Parisiens ou des gens de passage. Lieux d'habitation : un
immeuble haussmannien, des squats, des résidences secondaires,
des ateliers-boutiques. Lieux de consommation et de distraction : un
grand magasin, un bistrot, des dancings, le Moulin Rouge. Lieux de
balade et de recueillement : des jardins et des squares, le cimetière
du Père-Lachaise. Lieux de culture : la tour Eiffel, le Louvre et sa
pyramide. Lieux de circulation enfin, avec les Halles et la gare du
Nord. Tous contribuent à leur manière à la «fabrique de Paris».