Au risque du chaos
Apparue sans être inéluctable, la guerre d'Irak pourrait bien être de ces événements qui emprisonnent l'avenir - laissant percevoir aux esprits lucides la mesure des efforts à déployer pour échapper au destin auquel ils semblent nous condamner.
Elle a fonctionné comme un accélérateur, mieux, un catalyseur. Peut-il en découler ta substitution au jeu essoufflé des équilibres instables, désormais à la merci de l'hyperterrorisme, d'un déséquilibre pleinement assumé, d'un franc règne de la force assorti d'une option préférentielle de police active du chaos - choix peut-être le plus rationnel pour la puissance dominante?
Il faut d'entrée revenir sur l'évolution des perceptions stratégiques entraînées par le 11 septembre. Quelles sont, par-delà les choix propres d'une présidence, les options fondamentales concevables pour les États-Unis ? Quant à l'Europe, ne lui appartient-il pas désormais de définir ses propres choix plutôt que de se restreindre à un psittacisme des proclamations vertueuses motivé par une perception du monde qui a pris un grand coup de vieux ?
Grand retour à Clausewitz alors ? Il importe en tout cas de dépasser les analyses manichéennes opposant « pro » et « anti » et, plus d'un an après le déclenchement du conflit, d'en tirer résolument et précisément les leçons : bouleversement des cadres de référence, radicalisation des tendances antérieures, reconfigurations politiques, nouvelles distributions de la puissance. Le défi que se doivent d'affronter tes analystes, spécialistes de géostratégie mais, au-delà, experts des diverses sciences sociales, est d'ampleur. Ce livre, propre à nourrir la réflexion des politiques comme du simple citoyen, s'est efforcé de le relever.