Ni irrationnelles ni naturelles ni universelles, les émotions sont des
faits sociaux, des constructions culturelles, et comme telles, elles
sont des objets d'histoire. Mais alors qu'elles occupent une place
toujours plus grande dans nos sociétés, occupant l'intimité, s'étalant dans
les médias, étant utilisées dans le monde du travail ou dans la sphère du
marché, et qu'elles envahissent l'espace public de leurs multiples expressions
et mises en scène, elles ont été encore peu étudiées par les historiens du
contemporain.
Ce livre propose de cerner ce qui serait un «régime émotionnel» propre à
l'époque contemporaine. Mobilisant des mises au point méthodologiques et
des études ponctuelles, il visite des objets et des champs d'expression des
émotions variés, paroxystiques (le deuil, la guerre, la transgression criminelle)
ou plus ordinaires (l'amour, le théâtre, le roman). Il montre que l'expression
et la signification des émotions relèvent de circulations complexes, entre
l'intime et l'exhibé, entre le privé et le public. Explorant les manifestations et
les représentations évolutives des émotions, il dévoile les normes culturelles
qui pèsent sur les répertoires de leur interprétation, sur leur partage, sur leur
valorisation sociale. C'est à revisiter l'histoire contemporaine, sous l'angle
de l'affectivité, que ce livre invite.