Il s'est passé quelque chose le soir du 21 avril 2002, lorsque la
présence d'un candidat d'extrême droite au second tour de
l'élection présidentielle a constitué un risque majeur pour la France
démocratique. Sa sévère défaite quinze jours plus tard, dans un
scrutin qui avait pris la forme d'un référendum pour ou contre
la démocratie, a permis d'écarter temporairement le danger
extrémiste. Mais le retour à la pratique normale des institutions
et de la politique ne peut solder aussi facilement cet entre-deux-tours
où un peuple, un régime, une nation ont semblé perdre la
maîtrise de leur propre destin. Au-delà des sentiments d'indignation
devant la perspective de voir l'extrême droite arriver
au pouvoir par le jeu normal des institutions, et de la peur comme
de la honte que cela suscita chez de nombreuses personnes en
France et à l'étranger, il faut revenir sur l'événement du 21 avril
et en faire un objet d'étude.
Les auteurs de ce livre choisissent, ici, d'affirmer que le savoir
nous éclaire sur ce qui corrompt et épuise la démocratie et
sur les conditions qui lui permettront d'avoir un avenir. À ce
titre, les sciences sociales ne peuvent se désengager du débat
public.