Durant tout le XXe siècle, et aujourd'hui encore, le Quai d'Orsay a mis
en oeuvre une «politique arabe» destinée à assurer l'«influence
française». Quitte pour cela à trahir non seulement les valeurs
fondamentales dont la France aime à se prévaloir, mais également
ses citoyens juifs perçus, au mieux, comme partagés entre deux
allégeances, au pire, comme traîtres en puissance.
David Pryce-Jones met en lumière quelques constantes de l'action
du Quai d'Orsay : préservation des intérêts matériels de la France,
fascination pour la realpolitik, une anglophobie qui deviendra de
l'antiaméricanisme... Les positions politiques de la diplomatie
française masquent souvent un antisémitisme replacé ici dans un
contexte culturel, historique et religieux plus large, avec notamment
l'évocation de grandes figures d'intellectuels (Paul Morand,
Paul Claudel, Jean Giraudoux et Louis Massignon). Logiquement, cet
antisémitisme se doublera d'un antisionisme à partir du moment où
les Juifs entreprendront de déterminer eux-mêmes leur destin sans
tenir compte des desseins que la France nourrit pour eux.
De l'affaire Dreyfus à la présidence de Jacques Chirac, le Quai d'Orsay apparaît ainsi
comme suranné et pétri d'illusions, incapable d'accepter les événements et a fortiori
de les analyser, qu'il s'agisse de la persécution des Juifs par l'Allemagne nazie, du
soutien apporté au grand mufti de Jérusalem, de la création et de la préservation
d'Israël ou des compromissions du gouvernement français avec le colonel Kadhafi,
Yasser Arafat, l'ayatollah Khomeyni et Saddam Hussein.
Se gardant de tout procès d'intention et laissant parler les sources, David Pryce-Jones
dresse un portrait implacable, et inquiétant, d'une diplomatie française dont la refondation
s'impose.