Katinaki et Maritsa n'oublieront jamais la dernière promenade
qu'elles ont faite avec leur grand-mère, à
Smyrne. C'était au temps où la vie était douce et gaie
dans la maison au grand escalier de marbre. Au temps
où leur père leur rapportait un petit cadeau chaque
soir, et où leur mère ne craignait que les souris.
C'était avant que ne commencent les persécutions
des Grecs à Smyrne, avant que leur père ne soit obligé
de se cacher dans un trou creusé dans la buanderie,
avant que Smyrne soit incendiée et qu'il ne reste de
leur maison que l'escalier de marbre. Avant que leur
grand-mère ne soit tuée, et qu'ils ne deviennent, tous
les quatre, des réfugiés.
Leur père, pourtant, continue à leur chuchoter
chaque soir à l'heure de s'endormir, cette phrase qu'il
leur répète depuis qu'elles sont toutes petites : Que demain
soit un jour de bonheur.