Je me suis engagée dans l'armée parce que je
voulais faire du cinéma. J'ai postulé pour le Service
de relations publiques de la marine sachant qu'on
y réalisait des films documentaires.
Diplômée de lettres classiques, j'ai commencé
par rédiger des brochures d'information. Mais
j'ignorais presque tout de ce dont j'étais censée
parler. Alors j'ai voyagé, visité des bateaux, rencontré
des marins. Et j'ai été fascinée.
Quand j'ai pu enfin prendre part à la production,
j'ai rapidement compris que ce que nous tournions,
mes équipes et moi, m'intéressait plus que le cinéma
lui-même. J'aimais la marine. Des producteurs civils
me proposèrent de les rejoindre, mais je déclinai
leurs offres.
En revanche, j'acceptai une affectation à la
direction du personnel. J'entrai dans le vif du
sujet : la gestion des marins, la valorisation de leurs
compétences, l'amélioration de leurs conditions
de travail et de vie. J'étais heureuse de faire ce
métier. Les marins ne sont-ils pas la vraie richesse
de la marine ?
Puis j'ai été nommée commandant d'école.
Former de jeunes recrues était la suite logique de
mes fonctions précédentes. Le service militaire
obligatoire venait d'être suspendu et il devenait
urgent de s'adapter : ouvrir le recrutement à d'autres
couches de la population et changer les méthodes
d'enseignement. La condition et le rôle des femmes,
parmi lesquelles je faisais figure de pionnière, évoluaient
aussi. J'ai été de toutes ces réformes et je sais
que j'en ai dérangé plus d'un. Mais j'étais dévouée
à l'institution et j'ai fini par imposer le respect.
Je n'ai jamais navigué. Le règlement n'y autorisait
pas encore les femmes. Je me considère pourtant
comme un marin à part entière. Qui pourrait en
douter maintenant que des étoiles ont remplacé les
galons sur ma veste d'uniforme ? J'ai servi la marine
avec passion et loyauté pendant trente-cinq ans.
Et c'est ainsi que je suis devenue la première
femme amiral.
C.D.