Dans ce roman aux forts accents d'autobiographie, Ryû Murakami nous fait le portrait d'un groupe de jeunes japonais complètement à la dérive dans le Tokyo des années 70. Les courts chapitres sont comme des instantanés de l'auto-destruction quasi systématique de cette "génération perdue"; des instantanés de vies aux frontières de la mort. Si le style descriptif de Murakami est souvent froid, ses personnages, eux sont loin de nous laisser indifférents. Dans cet univers de fin d'humanité, on sent poindre une réalité beaucoup plus douce comme par exemple la pluie qui tombe et rend les choses lisses, le champ de tomates qui prend des allures de mer rouge miroitante sous la lumière. Parfois, au détour d'une phrase, on sent l'enfance encore toute proche et le désir d'amitié est presque toujours présent. "Je reste celui que j'étais alors, vraiment." "Il doit quand même y avoir autre chose dans la vie, d'autres façons de s'amuser, je veux dire." Quand on lit ce livre on pense souvent aux photos de Larry Clark, pendant américain de cette dérive de la jeunesse et les questions fondamentales du pourquoi demeurent tout aussi dérangeantes.