«Il guérit les aveugles, les paralytiques, les lépreux.» Jésus est-il d'une autre veine que ses contemporains ? Déclenche-t-il par sa seule présence ce pouvoir d'auto-régénération que la science moderne juge latent en tout être ? Et ses thérapies, enracinées dans la chair et le sang des êtres ne se situent-elles pas à un autre niveau ? Celui des âmes atteintes d'un mal spirituel dont les carences physiques ne sont que le signe sensible. Le contenu des Canoniques est à double face : des paraboles et des miracles. Trente-deux miracles au total. Ce qui est peu pour trois ans de vie publique. Un peu plus de dix par an ? Nous avons peine à y croire... A moins que les évangélistes n'aient relaté que les plus représentatifs. Ceux par lesquels pourrait s'exprimer la dynamique d'un message. De fait, ces trente-deux-là ne se situent pas sur le même plan. Ils n'ont ni le même poids ni la même mesure. Ni les mêmes répercussions. Mais ils suffisent à cerner la vertu essentielle du Christ, tel qu'il est apparu aux apôtres : un guérisseur devant qui cèdent la souffrance et la maladie. Près de la moitié des prodiges décrits, quinze exactement, sont, en effet, des guérisons. Rapportées avec des nuances... Mais esquissant en quelques traits la même image d'Epinal : celle d'un homme jeune - à peine trente ans - qui va, entouré de ses disciples, sur les routes de Galilée. Une terre dont les révoltes et les soubresauts ne se devinent qu'à peine, sous des printemps enchantés de lauriers-roses et de boutons-d'or. Mais qu'importe à ceux qui se traînent vers lui cette lumière qui n'adoucit ni leurs souffrances ni leur misère ? Les parias de l'humanité : ces aveugles aux yeux morts, ces muets et ces sourds enfermés dans leur aura de solitude, ces boiteux, ces estropiés, ces n'ont-qu'un-bras, n'ont-qu'une-jambe noués à leurs béquilles, ces paralysés portés par leurs brancards, ces condamnés, ces perdus, ces désespérés...