«Mes clients sont nombreux. Ils sont de Morchy, ville
moyenne, très moyenne, de Morchy et de ses environs,
des plaines à corbeaux et des terrils rabotés. Ils me racontent
des histoires, les clients, pendant mon travail, des histoires
minuscules, la vie des vieux increvables et la mort brutale
des enfants sages, rumeurs futiles, racontars et confidences.
J'en pense ce que je veux, et mon imagination musarde.
Je connais des chemins.»
Michel Anor a laissé à Achille Rosamel, un photographe
tendre et ironique, le soin de recueillir les mots
de «cette petite humanité logée entre le nez et le menton,
de cette chair frileuse qui s'épanouit sous la pose» : il y a là
Lurette, jeune femme effrontée que, pourtant, le drame
surprend en négligé d'enfant ; le docteur Bernadette,
vieux galant rimailleur qui reporte l'amour défunt
sur ses tortues qu'il nourrit de madrigaux de sa façon,
et puis Solange et ses seins - ses merveilles du monde -
sapides et offerts comme une évidence. Bien d'autres encore...
Ses portraits et récits forment un réseau d'histoires vicinales
dont il se fait le topographe. C'est le théâtre d'un monde
populaire, la scène d'honneur des gens simples.
Le style de Michel Anor est comme la chair, c'est un signe,
reconnaissable entre tous, sans habiletés vulgaires ni rehauts.
Il écrit avec la tendresse de qui étreint du regard.