On prête généralement beaucoup aux banques d'émission. Leur
influence sur l'activité économique, face à la crise comme face à la
croissance, leur action sur le cours des relations monétaires
internationales fondent cette opinion largement répandue, hier
comme aujourd'hui. Les études ici rassemblées à l'occasion de la
commémoration du bicentenaire de la Banque de France proposent
de situer au fil du temps la marge de manoeuvre des banques
d'émission européennes, acteurs parmi d'autres, mais autant que
d'autres, de l'histoire économique et financière - donc aussi de la
grande histoire - de l'Europe.
Ainsi comprise, l'analyse des normes et des pratiques changeantes
des banques d'émission (deux réalités qui ne se recoupent pas
nécessairement), de l'époque moderne, pour les premières d'entre
elles, à la fin du XXe siècle, aboutit à placer dans une lumière nouvelle
et en longue durée l'éventuelle construction d'une identité monétaire
européenne, liant entre elles de façon indissoluble les transformations
des économies et des sociétés, dont les monnaies sont toujours le
signe et parfois le facteur. L'achèvement possible de ce processus avec
l'euro semble ainsi avoir constitué à la fois l'apothéose des banques
centrales mais sans doute aussi d'une certaine manière, pour elles, la
fin de l'histoire.