De grands aras tout feu tout flammes ; un squelette qui crie, mâchoires décrochées ; des arbres tropicaux qui avec leurs lianes vous prennent au lasso et de la neige rouge lorsque tombent en flocons les fleurs des flamboyants : en kaléidoscope, au vent des rêves, la terre tourne. Journaliste au long cours, se laissant divaguer, Eugène Mannoni n'aura cessé d'en faire le tour. L'actualité aura été son lot : longues guerres de l'Algérie et du Vietnam, trois des quatre conflits israélo-arabes, la prise des Cortes où il était mêlé, en 1981, aux députés d'Espagne. Mais au-delà de l'actualité, il a, dans l'éphémère, cherché l'éternité. Grand reporter ne ressemblant à aucun autre, il écoute chanter les mendiants d'Orient et dans le ciel de l'Inde, il entre dans la ronde que font les oiseaux noirs. Des cormorans qui plongent : et c'est pour lui un "reportage". Rêve et réalité, avec lui, ne font qu'un. Quel autre journaliste aurait pu, à Hué, rencontrer le fantôme de l'empereur d'Annam ?Eugène Mannoni, grand reporter à Ce Soir, Combat, Le Monde (1954-1962), France-Soir (1962-1976). Collabore actuellement au Point. Soixante-neuf pays. De Formose à Trinidad et de Patmos à Ceylan, des multitudes d'îles dont la sienne : la Corse. Auteur de Moi, général de Gaulle. Le Seuil, 1965, Prix Aujourd'hui.