Plus de deux millions de Français sont
rapatriés entre le printemps et l'été
1945. C'est le grand retour des absents.
Une séquence capitale pour signifier
qu'une parenthèse se referme.
Le message officiel : la nation est prête
à les accueillir, tous égaux, pour
reconstruire une France unie. Au-delà
des slogans, la rentrée en masse va
se charger de remettre chacun à sa
place. En haut de la «hiérarchie» vont
vite figurer les déportés politiques.
Puis viennent les prisonniers militaires,
exilés du pays et de l'histoire depuis
cinq ans. À l'égard des autres,
les travailleurs volontaires et requis
du STO, ou encore des «Malgré-nous»,
Alsaciens et Mosellans, enrôlés sous
uniforme allemand, le regard traduit
la gêne. Et puis le flou et l'opacité
se font sur les victimes juives, ainsi
au Lutetia, où parviennent les rescapés
des camps de la mort. C'est tout ceci
que révèle le fonds d'une exceptionnelle
richesse des archives de photographies
et de récits oubliés de l'Agence
France-Presse.