Il est désormais courant d'évoquer un mouvement expansif de
«contractualisation» du droit et de la société. Le contrat semble en effet
s'insinuer partout et transgresser les partages les plus communément
admis par la doctrine. Aussi, les sirènes de la crise du contrat, raisonnant
régulièrement depuis le XIXe siècle, retentissent encore. Elles signalent
toutefois aujourd'hui quelque chose de nouveau.
Alors que les crises précédentes tenaient à l'exiguïté dogmatique des
définitions du contrat assises sur le principe de l'autonomie de la
volonté, la crise actuelle tiendrait, à l'inverse, à l'étonnante largesse des
diverses conceptualisations du contrat en usage dans la pratique et à
l'imbroglio sémantique qui en découle. Tout se passe comme si, victime
de son succès, la notion de contrat subissait le destin de ces concepts
normatifs surinvestis et mous qui - à l'instar de la «propriété», de la
«représentation» ou de la «démocratie» - finissent par ne plus rien
vouloir dire.
En réunissant des philosophes assez versés dans les affaires juridiques
pour en comprendre la dimension technique et des juristes assez
théoriciens pour se donner le temps du détour conceptuel, cet ouvrage
saisit l'opportunité de cette «crise de croissance» non pas pour sauver
le contrat contre lui-même, ni pour penser au-delà de lui, mais - plus
modestement - pour le repenser. Le lecteur y trouvera les moyens
indispensables pour renouveler un peu sa boîte à outils conceptuels et
appréhender les montages contractuels inédits qui se déploient chaque
jour sous nos yeux.