Des paysans écrivent... Emile Guillaumin, qui est
né à Ygrande (Allier), publie en 1904 La Vie d'un simple
et signe la naissance d'une littérature authentiquement
paysanne. Jean Robinet, prisonnier durant la Seconde
Guerre mondiale, entouré de jeunes gens qui parlent
de littérature, comprend que lui qui a grandi sur le
plateau de Langres «pendu aux colliers des chevaux»,
a aussi une histoire à raconter. Et Marius Noguès dans
son Gers natal trouve décidément Zola trop injuste
envers le monde paysan et nous livre une chronique
truculente de la vie villageoise.
Michel Ragon qui présente ici ces trois oeuvres
s'interroge : «Pourquoi cette aspiration à l'écriture
chez ces hommes dont le métier est si tributaire de
l'outil et de l'effort physique ? Pourquoi cet acharnement
à l'étude de la langue ? Pourquoi consacrer tant
d'heures à la lecture ? La lecture, il est vrai, permet au
solitaire de trouver des amis. Il sait qu'ailleurs d'autres
pensent comme lui. Mais Guillaumin, qui lui, ne trouvait
aucun exemple de paysan décrivant son humble condition
et son dur travail, comment a-t-il osé son défi ?
L'aspiration à l'écriture est une chose. Le passage à
l'expression littéraire en est une autre. Beaucoup plus
folle. Chez ces autodidactes qui de l'aspiration à l'écriture
passent à l'expression littéraire, il y a une sorte de
folie commune à tous les écrivains. Mais leur folie est
mise au service de ceux qui ne s'expriment guère. Ils
se veulent les porte-parole de ceux de leur condition.
Ils sont leur voix.»