Lucien jeta sur Esther un regard mendiant, un
de ces regards propres à ces hommes faibles et
avides, pleins de tendresse dans le coeur et de
lâcheté dans le caractère. Esther lui répondit
par un signe de tête qui voulait dire : «Je vais
écouter le bourreau pour savoir comment je
dois poser ma tête sous la hache, et j'aurai le
courage de bien mourir...»
- Que faut-il faire ? demanda-t-elle.
- M'obéir aveuglément, dit Carlos Herrera... Et
il faut rester belle. A vingt-deux ans et demi,
vous êtes à votre plus haut point de beauté,
grâce à votre bonheur. Redevenez surtout la
Torpille. Soyez espiègle, dépensière, rusée,
sans pitié pour le millionnaire que je vous livre.
Écoutez !... cet homme est un voleur de grande
Bourse, il a été sans pitié pour bien du monde,
il s'est engraissé des fortunes de la veuve et de
l'orphelin, vous serez leur Vengeance...
Splendeurs et misères des courtisanes
Pour (re)lire Balzac, inventeur du roman moderne, une
édition présentée par Pierre Dufief, professeur à l'Université
de Bretagne occidentale, et Anne-Simone Dufief, maître de
conférences à l'Université de Paris-X.