Depuis plus de trois ans, la rubrique «Désintox» de Libération
démonte, chiffres à l'appui, les bobards en tous genres qui
envahissent le discours politique. Pour ne pas voter idiot,
pour ne pas succomber à la facilité du cynisme, voici l'antidote
salutaire et citoyen dont chacun de nous a besoin.
C'est pareil à toutes les élections : les candidats n'ont que le mot
vérité à la bouche. Les Français, et c'est inquiétant, n'en croient
rien. Les citoyens doutent de la parole publique. Et s'ils avaient
quelques raisons ? Car il y a des mots comme des boomerangs.
Ils reviennent parfois dans la figure de ceux qui les ont lancés. Et
la vérité, c'est que la plupart des hommes et femmes politiques
mentent d'abondance. Ils enjolivent ce qu'ils ont fait ou projettent
de faire. Ils versent dans l'outrance pour dénigrer l'action ou le
programme des autres. Ils jonglent avec les chiffres et parfois
les inventent. Ils mentent parce que le format télé les pousse à
simplifier. Ils mentent parce que la rhétorique politique vit sous
la double dictature du chiffre et de la preuve par l'exemple. Ils
mentent aussi parce que leurs adversaires mentent. Mais deux
mensonges ne s'annulent pas, ils s'additionnent. En période électorale,
cela peut devenir spectaculaire.
Une critique récurrente voudrait que le fait de dénoncer les mensonges
des politiques s'apparente à du poujadisme. C'est tout l'inverse.
Se désoler des bobards des responsables politiques, c'est
attendre quelque chose de leur parole. Désolons-nous donc. Il y
a de quoi.