Akenfield, un village su Suffolk, un village anglais dont les mémoires sont pour la première fois interrogées. Les hectares de terre argileuse sont bien les seules tablettes sur lesquelles, depuis des générations, les paysans ont laissé leurs marques hautaines et rectilignes. Les détresses cachées de ces millions de cultivateurs, leurs souffrances jusqu'au début du XXe siècle sont inexprimables. Les privations des journaliers étaient telles, en ce monde clos et féodal, que partir à la guerre était pour les jeunes de 1914 une chance inespérée. Un village, une société : le pasteur presbytérien qui rejetait encore plus en eux-mêmes ce peuple fermé, l'instituteur, le forgeron, les riches et les pauvres. En cette Angleterre, berceau des trade-unions, les classes restent aussi murées entre elles qu'avant la Première internationale. L'auteur rappelle qu'en ce pays est-anglien la distance entre les fils d'ouvrier agricole et de fermier-propriétaire est plus grande de nos jours qu'il y a un siècle. La désertion de nos campagnes est la conséquence de siècles de mépris et de la plus longue des patiences déçues. Laissons aux " Littéraires " leurs réflexions sur les lumières de la ville. Les jeunes d'Akenfield s'en vont parce que des générations ont attendu, à la limite du possible, la solution de cet immense problème posé par la promotion rurale. Ce livre - résultat d'une très large enquête - ethnographie un pays inconnu : la campagne anglaise. Malgré diverses tentatives, il n'y a pas encore son équivalent en France. Livre-modèle qui fait surgir l'ethnie Akenfield comme au matin d'une seconde naissance. De grandes exploitations, un personnel hautement qualifié, un village assoupi de retraités et d'émigrés de la ville, d'artisans reconvertis pour les besoins des citadins. Le troisième âge, qui commence à soixante ans, est à la source, en nos campagnes européennes, de nouveaux rapports. La ville n'est déjà qu'une usine où l'adulte travaille. L'enfant, confié aux anciens parce qu'il lui faut de l'air pur, redonne peu à peu au village sa signification originelle. La résidence secondaire devient primaire. La ville, avec ses lumières, a tué une paysannerie plurimillénaire ; avec ses fumées, elle est à l'origine d'une nouvelle société dont les contours restent encore très indécis.