Née en mai 1772 à Alençon, Marie-Anne Lenormand décida, à l'âge de quatorze ans, munie d'un baluchon contenant un jeu de tarots, une robe blanche et un écu de six francs, de partir pour Paris. Les sentiers de la gloire seront pour elles chaotiques et pittoresques, qui lui feront connaître à la fois les prisons et les palais. Mlle Lenormand régna quarante ans sur le monde de la voyance. Son appartement de la rue de Tournon vit défiler pendant la Révolution, sous le Consulat et l'Empire, une étonnante gamme de célébrités. Ainsi Robespierre et Marat (auxquels elle prédit une fin difficile), la consulteront-ils, de même que le tsar Alexandre et George IV d'Angleterre. Son intimité avec Joséphine elle lui aurait prédit dès 1796 : "Vous serez plus que reine" irritait Bonaparte qui lui interdit les Tuileries. Elle aurait pourtant annoncé au Corse un grand destin alors qu'il était capitaine. Clairvoyante certainement, psychologue habile, douée de bon sens, bien informée, elle faisait des prédictions parfois très précises telle celle de "la mort d'un prince" (Enghien) ou du divorce de l'Empereur qui ne pouvaient qu'intriguer la police. Et Fouché ne se privait pas de la faire espionner. Elle défraya la chronique par la justesse de ses prévisions . Étonnante voyante que cette Lenormand qui, de Louis XVI à Louis-Philippe, traverse tous les régimes, tous les salons, toutes les prisons. Tantôt portée au pinacle par les femmes que ses prédictions sur leur vie sentimentale transportent, tantôt jetée dans les cachots par les hommes au pouvoir que ses prédictions exaspèrent, Mademoiselle Lenormand compte, parmi ses clients et clientes, le comte de Provence, la princesse de Lamballe, Marat, Robespierre, Saint-Just, Joséphine de Beauharnais, le tsar de Russie et autres personnages illustres....