Voilà cent ans, les enfants de France ont été bercés par les aventures de Petit Bob, mélange de contes moraux et de scènes de genre où apparaissait, en toile de fond, le portrait d'une France fin-de-siècle, rurale et aristocrate, mère des lettres et douée d'un sens inné de la débrouillardise. Le succès est tel, dans La Vie parisienne comme dans les livres publiés par Calmann-Lévy qu'on est en droit de penser que Gyp n'a, auprès des enfants, que la comtesse de Ségur pour rivale. Pourtant, la personnalité même et les idées de cet auteur à succès restent largement inconnues des contemporains. Gyp, c'est d'abord la " dernière " des Mirabeau, soit l'alliance d'une des plus vieilles familles provençales avec un des noms illustres de la Révolution. Etre née Mirabeau en 1880, c'est incarner le régime idéal auquel rêvent les élites du pays : la réconciliation du trône et de l'isoloir. Mais Sybille de Mirabeau n'est pas d'un tempérament conciliateur, hors de ses livres : elle déteste la République et ses soutiers. Plus, elle se transforme en propagandiste de la " vraie France ", aux côtés de Maurice Barrès et d'Edouard Drumont. L'affaire Dreyfus la voit mener le combat, dans les journaux, les salons mondains ou littéraires, contre ces ennemis privilégiés de la France que sont, pour elle, les juifs. Willa Z. Silverman a su, avec talent et grâce à de nombreuses archives inédites, démonter les mécanismes complexes de cette personnalité ambivalente.