Telle une danseuse aux talons de verre apparaît
la vie dans un poème d'Aragon : fragilité, revirements.
Revirement amer pour qui feuillette les
images glacées du passé, pour qui relit d'anciennes
lettres, remâche une absence. Revirement de farce
pour la victime d'une trompe d'Eustache bouchée.
Lente ou violente altération des jardins qu'on
hante à tout âge. Renoncements aussi, acerbes ou
mélancoliques, à la compagne rêvée, au cavalier
idéal, à ce qui aurait pu être. Et, inversement,
regain, quand la transmission d'un portrait, la
remémoration empêchent les choses de finir tout
à fait... Si Rosalinde est trop réaliste pour s'enfermer
dans le vert paradis des mythes, c'est qu'on ne
rencontre ici ni personnages ni événements exceptionnels,
rien que l'entêtement à vivre d'êtres
ordinaires : ils ne prennent pas leurs chagrins pour
l'écroulement du monde, mais aiment démêler
l'écheveau des peines perdues et des raisons du
coeur.