Des offices de Ténèbres en France, on connaît surtout
les leçons composées par Charpentier, Couperin et
Lalande. Pourtant, ces cérémonies, dont on sait
qu'elles furent très courues du public du temps de Louis XIV,
ne se limitaient pas à ces seules oeuvres chantées. Marquant la
fin du Carême, elles commémoraient des événements essentiels
de la chrétienté et prenaient dès lors une place importante dans
le calendrier liturgique à l'époque moderne. Aussi, par maints
aspects, les Ténèbres se révèlent emblématiques des pratiques
religieuses, mais également politiques, culturelles et musicales
de l'Ancien Régime, ainsi que de leur évolution à travers deux
siècles d'histoire. La connaissance des fastes de la cour et de la
Chapelle royale de musique, des rites conventuels ou paroissiaux,
à Paris comme en province, des contributions des musiciens, des
habitudes éditoriales, des témoignages contemporains à travers
mémoires, correspondances et journaux intimes permet de mieux
percevoir ces coutumes et d'en dresser une carte géographique.
L'établissement du catalogue des oeuvres musicales (leçons,
répons et psaumes) composées spécifiquement pour les offices
des Ténèbres et jouées en France contribue à révéler la diversité
de ce répertoire et sa pérennité du XVIIe au début du XIXe siècle.