Longtemps restée «angle mort» des études littéraires,
la censure n'est en général étudiée que du côté de la
réception de l'oeuvre, du point de vue du public. Or
quels que soient sa forme, ses objets, ses modalités - du
caviardage à la destruction, voire à la «fatwa» -, elle se
situe à la croisée de la création et du contrôle qu'exerce
la société.
C'est pourquoi, de manière novatrice, les auteurs
s'interrogent ici sur les faits de censure en les intégrant au
processus de genèse et de création de l'oeuvre, au parcours
global de son élaboration. Ces faits recouvrent en effet des
interventions d'ordre et d'ampleur fort variables, exerçant
souvent une influence déterminante tant sur la forme du
texte finalement publié que sur la production à venir de tel
écrivain «censuré» : ils s'inscrivent donc au coeur du
processus de création. L'étude des brouillons, des
manuscrits, des documents inédits, des variantes
éditoriales ou de textes environnants (correspondance,
entretiens...) est alors riche d'enseignements si l'on veut
en comprendre et en mesurer l'impact.
La censure et son corollaire l'autocensure n'épargnent
aucun genre littéraire : fiction, essais, poésie, correspondance,
autobiographies et journaux personnels ; elles
concernent la littérature et son histoire dans sa généralité.
Face à l'aspect strictement juridique du problème, les
études ici réunies - de Rousseau à Guyotat, d'Emily
Dickinson à Violette Leduc - posent les jalons d'une
synthèse comparative quant à la portée, aux acteurs, aux
modalités, à l'ampleur, au fonctionnement et aux
conséquences des faits de censure.