Depuis la chute du mur de Berlin, la «lutte des classes»
aurait-elle été remplacée par le «choc des civilisations» ou
tout au moins par les conflits culturels ? On peut le penser au
regard de phénomènes tels que l'éclatement de l'ex-Yougoslavie,
les guerres du Caucase ou le retour des
fondamentalismes religieux. De plus, la «mondialisation»
actuelle ne concerne pas uniquement les capitaux et les
marchandises, mais aussi les cultures qui rentrent désormais
en compétition, en affirmant leurs différences. Même les pays
fondateurs de l'Union européenne ne sont pas épargnés par
l'épreuve de la diversité culturelle, ainsi qu'on le voit en
Belgique, à travers le conflit Flamands-Wallons.
Au niveau international, l'Unesco a apporté une première
solution à ces problèmes en promulguant la Convention sur la
protection et la promotion de la diversité des expressions
culturelles, qui reconnaît l'égalité de toutes les cultures. Mais
ce n'est là qu'une des réponses à une question qui peut se
poser différemment à l'échelon local. En effet, l'un des défis
majeurs qui se posent à de nombreux pays consiste à garantir
les conditions pour faire vivre ensemble des populations
toujours davantage diversifiées et hétérogènes, alors que
l'esprit de tolérance n'est pas forcément la vertu dominante.
C'est à tous ces enjeux qu'est consacré ce numéro de la
revue Hermès. D'abord, sont analysées les théories politiques
qui ont tenté de conceptualiser la problématique de la diversité
culturelle. Dans un second temps, sont examinées diverses
conventions internationales et solutions juridiques qui ont été
conçues pour anticiper ou résoudre des conflits. Ensuite, sont
étudiés plusieurs cas de pays particulièrement intéressants du
point de vue de leur cohabitation culturelle, que celle-ci soit
réussie ou mise en échec. Enfin, sont traitées des questions
identitaires qui apparaissent dans le contexte des flux
migratoires à l'échelle mondiale.