Joyeuse ou tragique, la fête rappelle à chacun des expériences parfois
indicibles ou inavouables. Nécessaire, elle maintient en chacun de
nous un désir d'être-ensemble, de dépense, de relâchement que la
vie productive, celle de nos contraintes et performances quotidiennes,
ne saurait juguler. Commémorative, elle fabrique des histoires partagées,
même lorsque son sens ou son origine sont perdus ou dévoyés. Et, en ces
temps de crise où semble se charpenter une nouvelle économie de l'existence,
son accomplissement paraît plus indispensable encore.
Les fêtes de Bayonne s'inscrivent ainsi dans des pratiques et des mentalités
tout à la fois locales et universelles dont la concrétude acharnée
exprime la chair fébrile des communions dionysiaques. Faire la fête, c'est
d'abord ici faire les fêtes : parmi les siens, avec les autres, pendant des
jours et des nuits ou pour quelques heures, en quête de ces instants où
l'on tente d'étreindre l'éternité et de s'y fondre. Cette facture festive si
particulière, partagée entre constance et variabilité, plonge chaque année
durant cinq jours d'août, une ville moyenne sous les flots tumultueux de
centaines de milliers de festayres venus de tout bord et de tout horizon,
de Navarre, de France et d'ailleurs, de l'enfance et de l'âge d'homme,
de tous les milieux socio-culturels, travestis pour l'occasion en frères et
soeurs de fête, sous les couleurs rouge et blanc de l'habit basque et du vin.
La Fête à pleins bords est la première analyse sociologique des fêtes de
Bayonne, insérée dans une théorie générale de la vie improductive, au
travers de laquelle le lecteur pourra reconnaître ses propres aspirations et
expériences en matière d'effervescence festive.